Ce livre n'a de raisons d'être…
que d'innerver votre subconscient à…
la détente, la réflexion, l'irréel des sens
et vous amener…à jeter l'encre dans ce voyage…
vers l'imaginaire des mots…

C'est à la recherche de la lumière
que l'on découvre sa vérité…

Dans la beauté de ton sein…
j'ai gravé mon destin…

J'ai acquis la sagesse de l'âge
qui permet l'efficacité au ralenti…

La note tomba hors du lutrin
et n'en comprit jamais la portée…

La note profita de l'espace d'un soupir
pour trouver… sa clé…

L'écrivain s'endormit au son de son écriture…
et se réveilla au bruit de ses brouillons…

A mon fils Fabrice :
J'ai sculpté mon enfance
du bois de mes errances..

Du voyage il ne reste que le goût
du départ…

L'adultère, ce manque d'unité…

Le négatif : l'inverse me surprendrait,
j'en suis positif…

Ma porte ne connaît de clé…
que pour celui qui ne veut y pénétrer…

Il a tant voyagé pour trouver sa mère
que ses petits enfants
ne le connurent point…

A Danielle : à celle qui m'est chair…
Je volerai au temps l'image de la durée
pour y dépeindre ta beauté…

Nous léviterons jusqu'à ce château suspendu
pour y loger notre éternité…

La jeunesse :
ce n'est pas le manque d'expérience…
c'est le pouvoir de l'inexpérience…

On le voyait qu'une fois la semaine et c'était le mercredi au dernier cours de la journée. Monsieur Dote, je vous raconterai plus tard l'origine de ce nom, enseignait à bien rédiger un texte, un peu de syntaxe et … un peu de tout. Je crois que la direction du collège lui avait permis ce cours dû à son âge certain.

Je me souviens de son premier cours ou plutôt de la fin de son premier cours. Nous avions bien travaillé et pour un cours de fin de journée, ce n'était pas ennuyant. Cinq minutes avant le son de la cloche qui nous libère, monsieur Dote s'était assis sur son bureau et nous avait lancé : " Maintenant je vais vous raconter une anecdote de ma vie. Je m'en souviens comme si c'était hier, mon frère et moi, sommes partis très tôt et…les plus gros…et… " Il avait une telle façon de raconter que l'on restait suspendu à ses lèvres, transportés dans son imaginaire. La grosse cloche tinta la délivrance et pourtant, personne n'avait bougé. Il continua … deux, trois, cinq minutes à raconter. Je crois que ce silence l'exaltait.

Quand il eut terminé, il dit : " Bon maintenant les amis, allez vous amuser. "

Trois … quatre semaines se passèrent ainsi et chaque cours se terminait par une nouvelle anecdote. C'est ainsi qu'on le surnomma monsieur Dote. Bien sûr lorsqu'on quittait la classe, les copains se regardaient et au sortir de la cour, on était tous d'accord pour dire que ce qu'il racontait ne pouvait être vrai. C'était trop … presque irréel … mais fascinant.

Les semaines et les mois passèrent. Monsieur Dote nous surprenait à chaque fois avec ses fantastiques anecdotes. C'était presque devenu un rituel. Cinq minutes avant la fin du cours on regardait cette grosse horloge de classe qui trop souvent semblait figée … et c'était presque le compte à rebours … et monsieur Dote s'installait sur le pupitre, les jambes qui se balançaient et il commençait toujours par : " Maintenant, je vais vous raconter une anecdote de ma vie… " et à chaque fois c'était magique.

Et la tension de la fin de l'année scolaire s'installa parmi nous. Et le dernier cours de monsieur Dote arriva … comme d'habitude … sauf qu'à moins cinq, monsieur Dote commença à ranger ses livres dans sa serviette. Jules qui était le président de la classe se permit : " mais monsieur … l'anecdote? " " Je crois que ce n'est plus nécessaire … " Il n'avait terminé sa phrase que tous on lui lança : " Mais monsieur, l'anecdote … vous n'allez pas nous quitter ainsi … " " Bon … bon … " dit-il avec une voix empesée … " Maintenant je vais raconter l'anecdote la plus importante de ma vie…je m'en souviens comme si c'était hier … c'était en 19… j'entrais dans une salle de classe pour la première fois et à l'extérieur il faisait un temps de chien. Les élèves étaient nerveux comme tout groupe d'élèves qui ressent la tempête au loin. J'essayai tous les trucs pédagogiques que l'on m'avait enseigné pour les discipliner, les calmer … sans résultats. Puis, je m'assieds sur le bord du bureau de maître agitant mes jambes tout en frappant le bureau pour attirer leur attention … cela à marcher. Je profitai d'un court silence pour leur lancer : " maintenant, je vais vous raconter une anecdote de ma vie … je m'en souviens comme si c'était … et … et aujourd'hui en juin 19…. j'en suis à ma dernière anecdote avec vous qui m'avez été fidèles jusqu'au dernier cours. Je vous en remercie.

L'heure de la retraite est arrivée pour moi. Alors bonne chance dans vos examens, bonne chance dans votre vie. Bon maintenant les amis, allez vous amuser. " On sortit comme à l'accoutumée en silence, d'un silence lourd mais sans tristesse.

Partout et pour tous, une période d'examen est une période d'examen. Pendant cette période on ne vit pas monsieur Dote. Sûrement dû à son âge, la direction l'avait exempté de surveillance. Déjà on s'ennuyait. Par hasard son examen fut le mercredi après-midi. Il nous avait demandé d'apporter que des feuilles de papier et crayons. Le surveillant commença à distribuer le questionnaire d'examen. Quelle surprise! A peine un tiers de feuille de papier pour un questionnaire d'examen. Il faut dire qu'à l'époque on savait déjà le prix à payer pour le papier. La question était fort simple et sympathique : " Racontez-moi en autant de mots qu'il vous sera nécessaire, l'anecdote la plus importante de votre jeunesse… "

On ne put faire autrement que de se regarder avec un petit sourire en coin. Cher monsieur Dote, jusqu'au dernier moment il nous aura surpris.

La tension des examens était à peine du passé que la tension de la remise des résultats et des diplômes s'installait … plus importante, je crois.. Dans cette grande salle qui nous servait de gymnase, l'estrade surélevée servait de podium à toute la direction. Bien sûr il y avait des meilleurs et des moins … mais on s'en tirait à peu près tous. Le tout terminé, nous allions saluer nos professeurs respectifs. Notre groupe cherchait monsieur Dote qui apparut tout à coup. On se rua vers lui pour … on ne se souvient pas trop … ou plutôt pour lui témoigner une dernière fois notre affection … le plaisir qu'il nous avait inculqué.

Ses yeux étaient brillants d'une humidité ambiante, même pour nous. C'est Jules, le même que tout à l'heure, qui brisa cette lourdeur en demandant : " Pourquoi monsieur Do… (il ne se souvenait pas non plus de son véritable nom) … pourquoi ne nous a-t-on pas remis nos copies de votre examen ? "

" J'ai demandé à la direction de les conserver étant donné que c'était mon dernier cours de carrière et ils ont accepté gentiment. " Et moi de seconder : " Mais qu'allez-vous en faire? " et lui de répondre : " Bien, mes petits-enfants grandissent à vue d'œil et pendant que je peux encore les prendre sur mes genoux et les bercer, je pourrai leur lire tout doucement une anecdote importante … de jeunesse … bon maintenant les amis, allez vous amuser … dans votre vie … et souvenez-vous de monsieur Dote… " Il savait qu'on lui avait donné ce surnom et il en était fier.

Il serait trop facile de vous dire que cela est une anecdote importante de ma vie … mais ce n'est que fiction anecdotique.

Et pourtant, quand la tempête s'annonce au loin et que mes jeunes enfants sont turbulents, je les assois par terre, je tape des mains pour attirer leur attention et leur dit : " maintenant je vais vous raconter une anecdote de ma vie … je m'en souviens comme si c'était hier … on était parti mon frère et moi … et … ".

Un coup de vieux ne passe qu'avec le temps…

Le reflet n'est souvent que…
le prolongement de ses racines…

Dois-je verser à ce compte…
le dévolu de mes intérêts…

Sans intérêts…
je n'ai de compte à rendre…

Elle avait un corps à faire rêver les anges.
Elle le savait et Dieu ferma les yeux…
pour un moment…

à mon fils Alexandre :
Mon fils est parti à la guerre…des humains.
Il m'a enseigné qu'il n'est point facile
d'être le fils d'un humain…

Tous les dessins qui illustrent ce livre sont de l'auteur et réalisés à la plume et à l'encre de chine

La toile originale : " Et maintenant, si on jouait… " illustrant la page couverture fut peinte en 1976.

Était-ce prémonition? Cet avion dans la corbeille…cet édifice dans un sac à ordure…et ce stade déchu…? Ce n'était point le but…mais bien celui de mettre ces enfants avenirs face à leur Soleil Blanc de pureté et… marchant vers ce Soleil… se chuchoter :

" Et maintenant, si on jouait… "

Et maintenant c'est à vous
de jouer…